« C’est un rêve que j’ai failli abandonner en cours de route » dit Yael Naim. Un rêve devenu aujourd’hui réalité puisque ce premier album sorti chez Tôt ou tard est d’ores et déjà disponible. Et c’est dans un véritable rêve où nous entraîne la voix cristalline de l’artiste. On plonge dans un univers féminin et gracieux, dans un voyage entre la France et Israël où les mots touchent avec grâce des mélodies venues d’ailleurs.
Née à Paris, Yael Naim a longtemps vécu à Ramat Hacharon, petite ville non loin de Tel-Aviv où elle s’installe avec ses parents alors qu’elle n’a que quatre ans. Dès lors la fillette se prend de passion pour la musique. Elle fait ses premiers essais, enfant, sur un petit orgue qui fut ensuite remplacé par un piano. Il était donc logique pour elle d’entamer dix ans de conservatoire et de cours de piano classique. Car le classique est sa passion, et dans sa tête émerge des grandes ambitions d’écriture de symphonies. Ambitions qui se verront vite balayées par la découverte d’un autre style musical. « À la maison, mon père passait les vinyles des Beatles et à 12 ans, j’ai découvert comme ça Sgt Pepper et Abbey Road. C’est alors que j’ai tourné le dos à mes ambitions classique ». Et ce n’est pas pour nous déplaire !
La jeune artiste se met à alors à composer et découvre au détour des chansons d’Aretha Franklin et un disque de Joni Mitchell, qu’elle a une voix et plume. La musique fait partie intégrante de sa vie, et c’est tout naturellement qu’elle commence à donner quelques concerts dans un club de jazz à Tel Aviv avec les musiciens de Winston Marsalis. Mais pour le moment, elle s’en arrête là. Service militaire oblige, elle troque ses vêtements contre l’uniforme pendant deux ans. Il est vrai qu’imaginer cette jeune brune aux allures de femme enfant en treillis relève de l’exploit, mais c’est pourtant vrai, car le service militaire est obligatoire pour les femmes en Israël. Cependant, ce n’est pas pour autant qu’elle en oublie la musique. Elle s’arrange pour former un groupe, « The Anti Collision », qui se produit dans les clubs à travers le pays. « Au bout de toutes ces années, tout ça faisait un peu bordel en moi : ma formation classique, mon goût pour la pop, le jazz, le folk. J’ignorais comment j’allais canaliser ce flot, mais je savais que je voulais en faire des chansons ».
Aujourd’hui, elle a réussi à canaliser ce « flot » et elle le fait bien. Elle nous offre un album qui lui ressemble, entre folk et pop, mélangeant chansons en hébreu et en anglais, elle nous offre tout en sensibilité une fantaisie multicolore qui lui colle parfaitement à la peau et nous entraîne dans son univers. Il n’y a qu’à voir le succès de « New soul », son premier single, où une fanfare de cuivre et de chœurs s’entremêle à la douceur de sa voix. Aidée par David Donatien, percussionniste d’origine antillaise, ayant notamment travaillé avec Bernard Lavilliers, mais aussi le musicien electro Junior Jack, de Wassis Diop, et Malia, un album de treize titres enregistré dans l’appartement parisien de la chanteuse se forme, et grandi à l’image de la complicité des deux artistes. Pour mener à bien ce projet, ils s’entourent aussi d’une véritable équipe de musicien, ainsi on y croise Xavier Tribolet à la batterie, Laurent David à la basse, Voed Nir au violoncelle, Julien Feltin à la guitare électrique et enfin S.Husky Huskolds pour le mixage.
Ensemble, ils donneront naissance à un album éponyme rempli de petites pépites. On pense notamment à la reprise de « Toxic » de Brithney Spears, aux chansons en hébreu, langue au contour râpeux rendue d’une extraordinaire douceur au contact des cuivres, du violoncelle, d’une instrumentalisation discrète et efficace. Emouvant, sensible, on y retrouve le vécu de la chanteuse avec ses moments heureux comme en conteste le titre « Endless Song of Happiness » ou plus mélancolique à l’image des titres « Paris », « Lonely » ou « Schelcha » qui fait le constat d’un amour sans avenir. En passant par « Far Far », où elle nous révèle une part d’elle-même, celle de la petite fille qui court après ses rêves mais ne peut les réaliser qu’en acceptant son « joli bordel intérieur ».
Un album d’une extraordinaire sensibilité qui semble conjurer le mauvais sort d’un premier essai sorti en 2001 chez EMI, intitulé « in a man’s womb » enregistré entre Paris et Los angeles après son rôle de Myriam dans la comédie musicale d’Elie Chouraqui. Ce deuxième opus est en quelque sorte l’album d’une belle renaissance que l’on souhaite longue pour le bonheur de nos oreilles.
Le Clip de New Soul :
Maeva Levay
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