le 14 décembre 2007

La Graine et le Mulet, ode lyriqueTitre qui interpelle par sa bizarrerie, La Graine et le mulet, est LE film attendu d’Abdellatif Kechiche, après le succès inespéré de l’Esquive. Ayant déjà marqué le cinéma, il propose ici une grande fable sociale, sur la famille reconstituée et la pénurie de l’emploi.

L’histoire en deux mots : Slimane, un vieil ouvrier immigré, est renvoyé de l’entreprise où il s’échinait depuis moult années, car soi-disant n’étant pas « assez flexible et rentable ». Il décide de restaurer un vieux rafiot rouillé, en authentique restaurant de couscous-poisson. Idée somme toute lumineuse, mais qui se verra contrariée par des imprévus, des frustrations, mais aussi aidée par sa lumineuse fille, Rhym et ses proches.
Troisième long métrage du cinéaste Adbellatif Kechiche, la Graine et le Mulet offre une belle leçon de vie. Le cinéaste présente un chaleureux portrait de famille franco-tunisienne, qui se démène pour aider le « mulet », le vieil homme, à réaliser le rêve de toute une vie.

Ainsi, on aborde en biais la question de la précarité de l’emploi. L’idée sociale n’est jamais loin avec le réalisateur, rappelons qu’il avait déjà évoqué l’immigration avec la faute à Voltaire, puis le quotidien banlieusard avec L’Esquive (2004). En deux heures trente, Abdellatif Kechiche distille savamment le quotidien des Gens, des Vrais, le tout teinté d’humour et de bonne humeur. Le spectateur se sent volontiers proche de cette famille déjantée, un peu adultère (le père, le fils), mais malgré tout aimante. Le temps passe vite, et on s’attarde volontiers sur l’infidèle amusé de la première scène au désarroi de la dernière scène, la critique des gros bonnets sétois lors de l’inauguration, le réalisme des scènes, la finesse du dialogue : tout y est. Scène hautement appréciable, le banquet familial où les langues se délient, le verbe est haut et les échanges truculents.

La scène finale en montage parallèle, résume tout le film : deux destins, deux volontés d’agir. La jeune fille s’exhibant dans une danse sensuelle et laxiste, tandis que le « mulet » court après sa bicyclette. La graine, la jeunesse, l’avenir, et de l’autre, le mulet, le vieux qui ne lâche rien. Le cinéaste donne à voir l’union sacrée de ces deux personnages et cette capacité subtile à transmettre les émotions, des sentiments justes. Il capte des moments de vie, tirés sur le vif. La famille faite de deux générations tournoie autour de la caméra, sans faire peser la durée du film. On retiendra surtout le beau portrait de cette adolescente vive et grande gueule, qui fourmille d’idées, pour aider son père, avec La Merveilleuse Hafsia Herzi, lumineuse Rhym ; elle a reçu ici le prix hautement mérité de la meilleure révélation au festival de Venise.

La Graine et le Mulet constitue donc un petit bijou cinématographique, un condensé de bons sentiments égrenés ici et là. Abdellatif a su saisir l’importance du sujet évoqué, de ce père qui dignement veut apporter un héritage à sa famille. Pour résumer en deux mots ce film, simple et émouvant ! Chapeau bas au grand Abdellatif Kechiche, qui a su donner une vraie leçon de cinéma avec la Graine et le Mulet.

Note Shotactu : 8/10

La bande annonce :

Marika Céleste

Un commentaire pour “La Graine et le Mulet, ode lyrique”

  1. […] Olivier Dahan pour “La Môme” - Abdellatif Kechiche pour “La graine et le mulet” - Claude Miller pour “Un secret” - Julian Schnabel pour “Le scaphandre et […]

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|Publié par shotactu |dans la Catégorie: Critiques Films, CINÉ|
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