TiteSo est l’artiste en herbe. Lisa l’apprentie médecin. Meilleures amies depuis leur rencontre au lycée, dans les WC de l’infirmerie à gerber. Une seule devise : les mecs sont des PPBE (puzzles péniens bipèdes encastrants). Un grand désert, le Gobi sentimental. Les mirages qu’elles hallucinent dans leur errance sur les dunes. Des poisses à la pelle qu’on déverse dans leur vie.
Les foirages sentimentaux inéluctables. Un leitmotiv : le ridicule ne tue pas (sinon, nous serions déjà en train de fleurir leur tombe respective).
Retrouvez chaque semaine le marasme de deux célibataires, embourbées dans des codes sentimentaux douteux. Deux névrosées qui s’engagent à polluer votre imaginaire. Attention, connerie non recyclable.
5ème partie
Suite de la quatrième partie…
Lundi 9 avril. Journal de Lisa
Début de semaine épouvantablement catastrophique. Tout a commencé avec le changement de service qui m’a vu atterrir en plein bloc opératoire… Le thème de tous mes cauchemars et pour cause… On a débarqué au staff, Katia, une amie à moi, Etienne et moi avec une demie heure de retard parce que Katia et moi, les reines des retards organisés, avions eu du mal à émerger de notre pieu, dans un formidable acte manqué. Bref, ça nous a valu un peloton d’exécution à notre arrivée avec une bonne dizaine de regards outrés pour nous vider de notre sang. Bref, en notre absence, on nous avait attribué des chirurgiens chargés de nous encadrer nominativement. Ca a bien commencé car fin de staff, je recherche désespérément mon chir tuteur pour m’apercevoir qu’il avait déjà pris la poudre d’escampette.
Après une demie heure d’errance dans le bloc, voilà que je l’aperçois, et que m’avançant timidement pour le saluer, mais ne voilà t il pas qu’il me fond dessus pour me haranguer comme du poisson pourri sur mon retard… j’avale le tout avec difficulté, mon pantalon en papier XXL me pose un sérieux problème, pourtant j’ai serré le cordon à m’en stranguler la taille mais rien à faire… J’apprends laborieusement à me laver les mains et à m’habiller en stérile après avoir fait une bonne dizaine de fautes d’asepsie sous le regard courroucé de mon chir. Etienne est aussi présent mais il regarde de loin, il m’encourage mentalement avec des petits clignements d’yeux…lui n’a pas la frayeur des blocs, il était aide op. à la clinique pour son père, un chir orthopédique.
Bref, une heure et demi à tenir des écarteurs, avec des fourmis et des soubresauts de parkinsonienne aux doigts à cligner grand des yeux pour ne pas finir borgne à cause du masque qui me lacère les orbites et obstrue sporadiquement mon champ de vue…
Fin de l’opération, j’ai l’autorisation de lâcher l’écarteur alors que j’étais à deux doigts de convulser, je descends de l’escabeau qu’ont requis mes 1m56 et demi. Le masque désormais complètement éraflant ma cornée, j’ai du mal quand même à voir où je fous les pieds…. Premier évènement ‘fout la honte’, je mets un pied dans la poubelle déchet biologique qu’une crétine d’infirmière a oublié de virer, et me voilà à faire le grand écart du siècle au milieu des compresses souillées sous le regard éberlué de tout le personnel soignant. Le tout dans un raffut de tous les diables … Je me relève dignement, rouge pivoine, ne sachant plus vraiment si je dois prendre les jambes à mon cou, ou ramasser les compresses et le tintouin et achever de me déshabiller l’air de rien. Je choisis la deuxième option avec en prime la respiration-col-dilaté-accouchement.
J’enlève ensuite le sarrau tout en répondant, le plus naturellement du monde aux questions de mon chir, qui ne me lâche pas la grappe, sur l’insertion de tel muscle avec des ‘je sais pas’, ou ‘j’m’en souviens plus’. Etienne s’est rapproché et répond avec application à ma place, mais au lieu de me venir en aide, j’ai plutôt l’impression qu’il redirige tous les projecteurs admiratifs sur sa poire, me laissant dans le noir artistique de la débilité humaine. Donc, j’enlève ce putain de sarrau et là deuxième évènement ‘fout la honte à vie même si la passe ensuite à dix pieds sous terre’. Les yeux soudain exophtalmiques de mon cher petit ami que j’avais envie d’étriper et l’air ‘frappé de plein fouet par la foudre’ de mon chir me disent que quelque chose dans ma mise ne va pas du tout. Mon instinct me susurre que ça a l’air plus grave que le vol plané en poubelle à roulette. Bingo… Mon sourire plaqué pour la circonstance ‘je suis débile, je viens de me péter la gueule, mais j’entends avec délectation mon mec m’enfoncer’ s’évanouit à la vue du pantalon XXL qui est descendu bas, bas, très bas sur mes chevilles… Me voilà en boxer face à mon merveilleux chir, et mon petit ami, avec certainement des dizaines de regards braqués sur mes gambettes, et mon boxer à dentelle, bien que n’ayant pas le don de Maugrey Fol Oeil, je peux sans problème imaginer le reste des personnes présentes, hilares au son des rires gras qui polluent mes oreilles. Je remonte mon pantalon et bousculant mon chir, m’enfuis dans les vestiaires. J’ai eu quand même le temps de voir les dents d’Étienne étinceler dans un sourire, ce qui accélére le processus qui suit tout évènement de ce genre, la crise de larme. Crise de nerfs, aussi, Etienne ne tarde pas à me rejoindre dans le vestiaire des femmes bien qu’interdit et tambourine à la porte des chiottes en me demandant d’ouvrir… Bref, la suite, je vais la faire courte, on est parti tant bien que mal, et il m’a passé toute la journée, son disque ‘c’est pas grave, ça arrive à tout le monde’… Mais je sais pas s’il arrivait lui-même à s’en convaincre. Voilà, TiteSo a accouru en catastrophe à mon appel, abandonnant son cours de prédilection avec Frankie, l’œuvre d’art bipède qu’elle mate en bavant depuis le début de l’année. J’essaie de voir les choses comme elle, et de me dire, que j’aurais pu effectivement porté ces affreuses gaines que j’affectionne de mettre pendant mes règles…Donc que le pire du pire a été évité…
Horreur, comment je vais faire pour retourner demain dans ce bloc ??? Affronter les rires et les moqueries, avancer stoïquement vers le bassin central pour me laver les mains, m’habiller en évitant de croiser le regard de quiconque ??? Non, je ne vais pas pouvoir me mouvoir en rasant les murs, et le regard vissé au sol… Oh mon dieu, je vais aller prier, même si je suis athée, si vous pouviez m’aider, ça serait sympa…
Lundi 9 avril. Journal de TiteSo.
Lundi affreux… Arnaud a décidé de prendre du recul et de réfléchir à, ‘je cite’, notre avenir commun…Putain, dites moi pourquoi je tombe à chaque fois sur tous les tarés que cette planète Terre peut charrier ? Le pire, c’est que je me suis attachée à cet enfoiré, l’air de rien. Je suis pas amoureuse, certes non, mais quand même… Je n’aurais même pas vécu une semaine de paisible bonheur à roucouler dans les bras de mon amoureux, non, bien sur, trop idyllique pour TiteSo. Non, c’est sûr, c’est diablement encourageant de faire des plans sur la comète, basés sur des espérances nées de longs mois de frustration et de solitude… Oui, enfin, il doit être logique de nous interroger sur notre devenir osmotique alors que nous ne fricotons que depuis une malheureuse petite semaine… je vous jure.
Le pire du pire, c’est qu’avant de disparaître de ma circulation, il a quand même eu le temps, ce pédophile, de me parler d’une jeunette de son parti, une certaine Marie d’à peine dix huit ans.
Enfin, j’ai cru comprendre sous ses dires à mots couverts que c’était l’archétype de la femme idéale qu’il avait eu, étant plus jeune, et donc plus sensible au conditionnement parental. Oh la petite blonde, menue, qui fait des études d’histoire, finira mère au foyer, l’enseignement de la faculté destiné uniquement à animer les discussions dans les manifestations mondaines où elle paradera en bon animal de compagnie. Ouep, le genre de nana parfaite qui tape sur les nerfs de tous les ovaires névrosés de cette planète ! Le genre toujours bien coiffé avec son carré lisse, toujours égale à elle-même sans sortir des obscénités à tout va comme je le fais en ce moment. Le genre de nana qui ne revendique ni la parité salariale, ni celle domestique et encore moins éducative ! Non, le genre de mère poule et d’épouse modèle, capable de surveiller du coin de l’œil son rôti au four, essuyer les vomissures que son merdeux de môme vient d’étaler sur son épaule pendant qu’il faisait son rôt, tout en gérant au téléphone la commande de vins qu’a passée son enfoiré de mari… Oui, le genre de tête à claques, pour sûr !
Bref, il m’a dressé le tableau énamouré de cette Marie, mais en concluant qu’il avait dépassé ce genre d’archétype bidon, s’échappant de l’emprise stupide parentale. Génial, me voilà rassurée, enfoiré !
Voilà, donc là il est parti chez ses grands parents en Bretagne, faire le point sur nous deux, ayant subrepticement glissé dans ma cervelle la pensée de cette Marie-la-parfaite, qui plane désormais sur notre avenir commun.
Pour clôturer la journée, Lisa m’appelle en plein cours de Frankie, effondrée, et me raconte qu’elle est tombée dans une poubelle à roulette, et qu’elle a perdu son froc, le tout, le premier jour de bloc qu’elle appréhendait tant. La pauvre…J’ai quitté le cours précipitamment, pour aller au chevet de la poissarde…J’ai essayé de la faire relativiser, mais ça a pas eu l’air de marcher… Faut dire que moi-même j’y croyais pas trop au pire du pire. Là, ça commence à faire beaucoup de merdes à la semaine…pour deux filles normalement constituées. On va procéder au lâcher de souris pour détacher les deux matous noirs qui nous collent au dos… Ou le marabout ?? Les gris-gris ???
Je pense finalement qu’une soirée Whisky Coca pour moi et elle Malibu Ananas me semble indiquée et beaucoup plus réalisable que les options sus citées.
Bon, j’y vais.
Bye.
Cynarsenik
Je n’ai encore rien contre cette semaine…
j’ose espérer que les poissardes seront un jour récompensées pour leurs durs labeurs…survivre dans ce monde ingras.
Je ne reprocherai qu’à TiteSo son style d’écriture trop “gras” pour la déscription de “Marie-la-parfaite”, je me serai attendu à plus de subtilités.
Quant à Lisa, je dirais que le mot “Chir” n’est pas immédiatement compréhensible.. on pense d’abord à une coquille, je souhaite aussi que tes jambes sont mo0ins poillues que les miennes…car la nana à qui il est arrivée la même histoire dans mon service faisait des envieux chez nos jeunes “hommes” - stagiaires encore imberbes…
salut.
belle 5ème partie!!!
je ne pensais pas que ce type de poisse pouvait arriver à quelqu’un . j’espère que Lisa va arriver à survivre à ce type d’évènement … traumatisant!! quant à Titeso, je la rejoins car je n’apprécie pas du tout les “Marie-parfaite”
vous n’avez rien à lui envier … vous paraissez telement plus…. comment dire…extra-oridinaire!!
au plaisir de vous lire à nouveau
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