le 7 décembre 2007

Cowboy : Une bonne blague belge !Le cinéaste belge Benoît Mariage rempile une nouvelle fois après Les Convoyeurs Attendent (1999), pour tourner auprès de son compatriote Benoît Poelvoorde. Entre comédie et satire sociale, Cowboy propose une belle démonstration du clown Poelvoorde, devenu triste journaliste gauchiste raté, qui se gargarise de réussir « Le documentaire social ! ». Que nenni ! On est loin du personnage extravagant de Bernard Frédéric, de Podium, mais cela vaut largement le détour !

Daniel Piron, journaliste frustré, est cantonné à faire des reportages calamiteux sur la sécurité routière. Pour évoluer, il a idée de faire un documentaire sur l’idéaliste Sacchi, qui avait pris en otage des enfants d’un bus scolaire, afin d’ y dénoncer les injustices sociales. Flairant le doc du siècle, il tente de retrouver 25 ans après, tous les acteurs de ce drame. Retrouvailles loin d’être réjouissantes, pour notre journaliste ; l’idole est devenue gigolo et monnaye sa contribution au documentaire. De là, Piron se perd dans une reconstitution, qui part en vrille !

Ce film s’inspire directement d’une réelle prise d’otages perpétrée en 1980, par un jeune de 21 ans déguisé en Elvis Presley et affublée d’une winchester. Avec Cowboy, Benoît Mariage présente un mélange de faits réels, mêlés de fiction, adepte résolu du cinéma vérité. Quant à Benoît Poelvoorde, il offre avec Cowboy un rôle à contre-emploi, en résonance avec le film Entre tes mains. C’est une métamorphose réussie pour l’acteur, qui nous livre ici une composition magistrale. Il sert avec talent ce personnage de gauchiste, un anti-héros un peu maladroit qui tel un Don Quichotte, se bat contre ses propres moulins belges ! On a l’impression d’humer la Belgique, de ressentir toute l’atmosphère des prolos se débattant dans l’univers de la télévision. Le réalisateur donne à voir ainsi une brochette de personnages en recherche, démunis, de gens esseulés. Paysages poétiques, bucoliques, qui semblent en accord avec le portrait des humains.

Clin d’œil à l’émission Strip-Tease, dont il était technicien, Benoît Mariage livre un cinéma brut, plein de tendresse et sans chichis. C’est un message simple et touchant du noir constat de la manipulation sociale et télévisuelle, mais aussi une peinture tendre des petites gens, thème qui lui est cher dans les Convoyeurs attendent. Il tranche dans le vif de la réalité et s’arroge quelques moments biscornus et hilarants, comme lors de l’atelier pour futurs parents qui s’entraînent à pouponner un bébé en plastique, ou la consultation grotesque de morphopsychologie. Sous le truchement de scènes délirantes, Benoît Mariage distille savamment les réalités sociales belges et fait passer un message simple et engagé. La dernière scène où Piron-Poelvoorde entonne l’air de Non, non, rien n’a changé des Poppys mérite le détour ; décalée et juste, elle résume assez bien la performance de l’acteur belge.

Pareil au roman Illusions Perdues d’un Balzac mais teinté d’humour, on suit la déroute de Daniel Piron, qui espère le documentaire du siècle. Etre confronté à la réalité par un Gilbert Melki gigolo, c’est déjà en soi difficile mais trouver la voie par soi-même encore plus, d’autant plus pour cet être égaré. Moment jouissif lorsqu’il n’hésite pas réécrire des répliques du documentaire, jugées pas assez à chaud.
On peut parler d’une belle reconversion pour Poelvoorde et de retrouvailles réussies entre les deux compères belges. Saluons également le travail de Gilbert Melki, qui par son rôle ubuesque, séduit.

Note Shotactu : 7.5/10

La bande annonce :

Marika Celeste

Un commentaire pour “Cowboy : Une bonne blague belge !”

  1. […] de l’humour qui régnait dans Cowboy, Gilbert Melki donne la réplique à Grégoire Colin dans Le tueur, premier long métrage de […]

Laissez un commentaire

|Publié par shotactu |dans la Catégorie: Critiques Films, CINÉ|
|

.

www.shotactu.com Copyright © 2006-2009
Design schnequefax site propulsé par WordPress Vous pouvez consulter les flux RSS: Articles et Commentaires .