le 25 novembre 2007

plume21_thumbnail.jpgTiteSo est l’artiste en herbe. Lisa l’apprentie médecin. Meilleures amies depuis leur rencontre au lycée, dans les WC de l’infirmerie à gerber. Une seule devise : les mecs sont des PPBE (puzzles péniens bipèdes encastrants). Un grand désert, le Gobi sentimental. Les mirages qu’elles hallucinent dans leur errance sur les dunes. Des poisses à la pelle qu’on déverse dans leur vie.
Les foirages sentimentaux inéluctables. Un leitmotiv : le ridicule ne tue pas (sinon, nous serions déjà en train de fleurir leur tombe respective).
Retrouvez chaque semaine le marasme de deux célibataires, embourbées dans des codes sentimentaux douteux. Deux névrosées qui s’engagent à polluer votre imaginaire. Attention, connerie non recyclable.

Suite de la seconde partie

Mercredi 4 avril. Journal de TiteSo.

Je crois que je suis en train de décompenser. Marre du célibat, marre des mecs. Marre des dragueurs décérébrés, marre des minets insipides, marre des bimbos lobotomisées, marre des filles objets sexuels, et marre de ces cons qui pensent que les filles sont une pièce de puzzle qui n’a pas de vie propre. Je ne suis pas un PVBE (puzzle vaginal bipède encastrable), zut de crotte ! Enfin ça m’empêche pas de penser en permanence aux PPBE (puzzle pénien bipède encastrant), et de chercher la bonne pièce dans ce grand foutoir de la vie. J’ai décidé de me mettre aux rencontres sur internet et je me suis inscrite sur un site avec une description qui est censée faire un tri sélectif sur les COTOREP du net.

Lisa me déconseille le net, mais tant pis, c’est soit ça, soit les lainages Damart et les gaines de grand-mère à vie.

Zut mes pâtes ont l’air d’être un plat mixé insipide ou la gerbe d’un boulimique de féculent. Je suis pas douée, je vous jure…je vais manger, à plus tard.

Mercredi 4 avril. Journal de Lisa

Je passe en coup de vent. TiteSo et moi on décompense complètement sur les mecs, et là ça devient une obsession… J’ai revu Etienne dans le service qui, tenez vous bien, se rappelait malgré ses 3g d’alcool restants, mes performances vocales de goret et la magnifique tête piquée dans le canapé. Malgré tout, il semble encore beaucoup s’intéresser à moi. Il m’a proposé un ciné, vendredi soir, mais je dois y aller avec Bernadette dimanche. Je suis littéralement fauchée, et ne peux me payer deux séances d’affilée, donc je lui ai proposé de nous accompagner. Il a eu l’air perplexe quand je lui ai dit qu’il y aurait une femme, Bernadette, et encore plus, quand j’ai répondu à sa question sur son âge : 90 ans…Ah ces mecs, je vous jure, ils ont vraiment un problème de maturité, ça se confirme…

Jeudi 5 avril. Journal de Titeso

Ca y est, j’ai décroché la perle rare sur le net. Un surdoué autiste refoulé qui vote le front national mais qui, royaliste, aspire au retour à la société féodale. Moi je suis prête à mettre des peaux de mammouth et beugler en agitant un gourdin, pourvu que je le rencontre autour d’un feu sous la voûte d’une grotte. Je pense que vous devez vous dire que je suis pas très douée, et vous avez bien raison. J’ai passé une nuit à écumer un site où tous les jeunes étudiants paumés jettent leur souris de temps à autre et leur dévolu sur des PVBE. Le souci, c’est que si j’ai découvert le filtre COTOREP, j’ai visiblement pas su fabriquer le filtre aux psychopathes, peut être est ce la peur de m’éradiquer moi-même… Bref, il s’appelle Arnaud, a 24 ans, et est inscrit à l’Ecole Normale Supérieure. Un bon pedigree en réalité. Malgré toutes les tares citées ci-dessus, j’adore!!! Je suis complètement névrosée, je vous jure ! Le pire de pire, c’est que physiquement il est à chier, et mentalement à gerber dans la présentation administrative…Je le rencontre demain. Vais éviter les épilations mutilantes, et vais opter pour les collants opaques rebrousse poil. On verra bien ce que ça donnera. Je vous tiens au courant. Bon, je file en cours, bisous.

Vendredi 6 avril. Journal de TiteSo

C’est le grand jour. Lisa me dit quand même de m’épiler, en insistant sur ma chance légendaire et la possibilité du filage de collant. Je vous jure, les meilleures amies, ça pense à tout. Je suis finalement allée chez l’esthéticienne du quartier pour éviter l’épidermation, et bien évidemment, suis tombée sur une jeunette (16 ans), stagiaire. Je n’ai aucune animosité envers les stagiaires, sachez-le, mais le souci c’est que pour une épilation, ça peut vite devenir le cauchemar. La petite stagiaire, une blonde, devisait gaiement avec moi, de fringues, de mecs, enfin bref, tous les sujets bien féminins qui portent sur les nerfs de tous les testicules de la planète. Enfin, alors que nous rions stupidement de je ne sais plus quelle connerie, j’ai subitement la sensation d’avoir au niveau du maillot une bande de cire collée depuis pas mal de temps. En effet, l’air paniqué de la stagiaire me confirme ce léger doute, et me voilà raidie en train d’attendre le moment où un bout de ma cuisse se baladera dans la main de la petite blonde. Au bout de quelques tâtonnements, la bande part dans un hurlement de douleur au point que sa collègue de la salle voisine accourt pour voir qui on égorgeait. Moi de la rassurer avec un sourire crispé que tout va bien pour éviter le lynchage de blonde. J’ai dit au revoir à la petite stagiaire avec un grand soulagement tandis que pour se faire pardonner sans doute elle me souhaite bonne chance pour mon rdv galant.

Plus tard dans l’après midi. Je décide de sortir les grands moyens. Déjà, fait ô combien improbable, je discipline ma touffe de cheveux bouclés pour éviter de ressembler à la compagne de Tarzan, même si je ne perds pas de vue que le ton de la conversation risque d’être préhistorique. Me voilà, dans la rue, pressant le pas car horreur, j’ai une heure de retard et aucun moyen de joindre Arnaud qui est, en bon homme des cavernes, contre les portables. Merde, l’opération lissage de touffe a pris plus de temps que prévu, mon chemisier à fleurs me semble un peu froissé mais peu importe. Arnaud, miracle, est assis sur un banc, à lire un livre dont le titre me fait légèrement sourire. Il s’agit de l’histoire de France pour les nuls. Je l’observe à son insu, il parait très absorbé par sa lecture, et aussi passablement énervé par mon retard vu les tics de maniaque du chronomètre qui agitent son poignet. Il porte des chaussures bateau, un pantalon dans le style Dockers et pour couronner la mise de petit fils de bonne famille, un pull marin de Saint James. Cheveux délicatement plaqués sur le côté sans gomina pour alourdir la mise, et lunettes à la Einstein.
J’ai envie de faire marche arrière, mes santiags menacent de fuguer à contre sens, mais j’entends une belle voix grave s’exclamer : « ah te voilà ! ». Je fais mine d’être surprise, et m’avance pour lui faire la bise. J’invente un problème de tram, et me mets à pester en bonne Lyonnaise contre les transports en commun, et les services publics, ce qui a l’air de lui plaire et surtout d’adoucir cet air renfrogné. Il se place à ma gauche, près du bord de la route sur le trottoir, et devant mon air ahuri, m’explique que c’est un peu une habitude, les hommes se plaçant ici pour éviter aux dames, éclaboussures du trottoir et danger en tout genre. Je faillis m’étouffer avec ma salive, et déglutis péniblement en étouffant un gros rire. Finalement on va dans le vieux Lyon, manger une crêpe, Arnaud me parle sur un ton d’une autre époque, je me sens agréablement romanesque, moi la féministe endurcie, car outrage à mes règles, il paye ma consommation et m’avance la chaise…héhé !!

Tout ne pouvait pas non plus se passer bien, me connaissant, car là ça devenait un peu trop idyllique. Nous sommes dans le funiculaire, je suis près des portes qui se sont refermées, je veux avancer la tête pour voir un passage qu’Arnaud me lit de son livre. Ma tête refuse de m’obéir, je suis comme retenue par une main invisible qui s’avère être ma touffe de cheveux coincée entre les portes. Je tente discrètement de donner des petits coups de tête, mais en vain, la touffe est bien trop prise. M’assurant par des regards que personne et surtout pas Arnaud a remarqué mon malaise capillaire, je continue stoïquement la conversation. Le malheur, c’est que l’arrêt suivant est notre arrêt et que les portes s’ouvrent de l’autre côté. Voyant que je ne le suis pas, Arnaud fait marche arrière et là, rouge pivoine, je lui explique que je suis coincée dans les portes. Mais dédramatisons, la chose s’arrange à la rame suivante et Arnaud semble de bonne humeur.

Nous sommes à saint Jean, nous rions de bon cœur, et étrangement il apparaît que nous nous complétons mentalement. Oh, du genre, il vote FN ; je votre LCR…Il est très riche, je ne roule pas sur l’or. Il fait des études utiles ; je suis ce que certains appellent une excentrique parasite de l’état. Forts de ces oxymorons ambulants que nous sommes, l’attraction me semble très logique.

Soudain, Arnaud s’arrête et semble tétanisé par mon décolleté. Je me frotte les mains intérieurement, et dis déjà adieu au Gobi sentimental, alors qu’il se penche vers moi.

Il me murmure alors à l’oreille que mon chemisier est grand ouvert, et horrifiée, je baisse la tête pour voir mon soutien gorge et mon nombril qui prennent l’air.

Bien sûr j’ai voulu m’évanouir, et je me suis collée contre le mur d’une ruelle pour me repoiler tandis qu’Arnaud faisait paravent sur deux pattes.
Embarrassée, je lève la tête et murmure que je ne suis pas du tout mais alors du tout une exhibitionniste refoulée. Il rit, et puis comme ça l’air de rien, il m’embrasse.

Cette fois ci, adieu le Gobi sentimental et welcome aux décors luxuriants de l’Amazonie de cœur . Je me fais déjà une joie de tout raconter à Lisa…La fin de l’après midi est ensoleillée, chaude, et nous nous quittons sur un baiser insouciant.

La suite des aventures de TiteSo et Lisa ICI

Cynarsenik

3 commentaires pour “TiteSo et Lisa : journaux intimes de deux névrosées (partie 3)”

  1. je viens de décourvrir la suite des aventures de nos deux névrosées… super!! toujours aussi bien écrit et j’ai été littéralement plié de rire une dizaine de fois… un réel moment de bonheur !! tout cela sent bien le vécu, en tout cas quand on avale vos lignes et l’on arrive très bien à visualiser les différents scénarios
    … j’ai hâte de connaître la suite avec l’ENS… j’espère que vous penserez à vous attacher les cheveux!!
    bonne continuation

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|Publié par Thib |dans la Catégorie: EN VRAC, Girls, BEAUTÉ|
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