le 25 novembre 2007

Charlie ChaplinRésumer cinquante ans de carrière du grand Charlie Chaplin, plusieurs chefs-d’œuvre, et une multitude d’aventures et conquêtes, est une réelle gageure. Mais à cœur vaillant, rien n’est impossible. Classé au panthéon des spécialistes du rire, ses longs métrages sont, soit classés en critiques acerbes, soit qualifiés d’une infinie sensibilité poétique. Ses cabrioles, ses farces, ses aventures désopilantes sont connues du monde entier. Un style imparable, unique, qui se décompose en plusieurs scénettes dans sa filmographie.

On le connaît surtout pour son personnage lunaire, loufoque, bohémien qui transporte l’homme dans une réalité plus simple et poétique ; Charlie Chaplin a su inculquer à son héros, popularisé sous le nom français de Charlot, le sentiment modeste populaire. Il offre un visage sympathique et mondialement connu. Par le personnage, on côtoie les différentes facettes d’un grand nom du cinéma mondial.

Enfant de la balle, Charles Spencer Chaplin est né à Londres en 1889, dans une famille d’artistes de music-hall. Enfance misérable et vagabonde, il développe très vite un goût pour la scène. En 1912, il débarque aux Etats-Unis, véritable eldorado du cinéma à l’époque. Mack Sennet le remarque en 1913 et l’engage dans une production de la Keystone film Academy. Il introduit pour la première fois le personnage de Charlot, sous la direction de Henri Lehrman, Charlot est content de lui (1914). Artiste prolifique, il réalise lui-même quelques films, où il développe ce personnage de Charlot, sorte de Pierrot lunaire à la recherche d’un Colombine américaine, clochard noble, burlesque, maladroit, dégageant une philanthropie extrême. Il porte toujours un pantalon exagérément bouffant, des chaussures démesurément grandes, un chapeau melon cabossé et une canne en bambou. Il comptabilise près de 80 courts-métrages sur ce personnage, faisant rire par la tragédie. De 1916 à 1917, on retiendra les fameux Charlot s’évade, Charlot policeman, l’Emigrant, Une vie de chien et Charlot Soldat. Personnage charismatique, il invente la comédie burlesque avec son personnage de Charlot.

Résolument tourné vers l’univers muet, il se consacra exclusivement à la réalisation et à la production. 1921 voit le tournage de son premier long métrage, Le Kid, ode à la magie poétique et tendre de Charlot. Il est le co-fondateur de United Artists Corporation en 1919, sorte de production indépendante où il se fait plaisir dans le choix des films. En 1923 sortent successivement le Pèlerin, dans la lignée de Charlot et L’opinion publique, sorte d’ovni dans sa carrière, film expérimental, est la première oeuvre où il n’apparaît pas ; c’est aussi son premier film intimiste et psychologique qui s’interroge sur la séparation d’un couple, un film d’adulte. En 1925, Chaplin renoue avec le comique burlesque, avec la Ruée vers L’or, puis en 1928, le Cirque.

Les Lumières de la Ville (1931) demeure un tournant pour Chaplin, rappelé aux diktats hollywoodiens du parlant. Il y fait co-exister deux univers, fonds sonores dérangeants, une seule scène parlée et beaucoup de cartons écrits. Mais dans l’ensemble, le film est qualifié de muet. Oeuvre poétique et sensible, c’est une des oeuvres « authentiques » de Chaplin. Puis c’est l’ère, où ses films s’allongent et s’espacent. Près de cinq ans après les Lumières de la Ville, il enchaîne avec Les Temps modernes (1936), véritable dénonciation de la déshumanisation, de la vie moderne et du machinisme par des personnages anonymes. Il reste toujours sur ce ton comique qui lui est cher, sur un sujet sérieux. Il propose une fois de plus le sonore, avec la création musicale du film, où l’on entend pour la première fois sa voix. Par la suite, on retiendra la satire burlesque du Dictateur (1940), où l’on retrouve le personnage d’un Charlot-Hitler mi pantomime, mi-grotesque.

Après la fin de la deuxième guerre mondiale, il tourne ses deux derniers films américains. Il connaît une période difficile, où ses opinions de gauche et le procès en reconnaissance de paternité lui font défaut. Antépénultième œuvre de Chaplin, acteur et réalisateur, deuxième film authentiquement parlant, Mr Verdoux (1947), fable satirique et sociale, se situe comme une étude de mœurs et son film le plus sombre. Son ultime chef-d’œuvre, Les Feux de la Rampe (1952) lui vaudra un triomphe public. En raison de pas mal de déboires, une vie sentimentale houleuse avec de nombreux divorces à la clé, de moult accusations « anti-ricaines », Monsieur Chaplin est renvoyé aux bons soins de l’Oncle Sam (merci au maccarthysme). Il s’exilera pendant de longues années, voguant ici et là en Suisse. S’ensuit Un roi à New York (1957), un dernier pied de nez à l’Amérique, portrait haut en couleur de cette chasse aux sorcières de l’époque de la guerre froide. Sur sa fin de vie, il sera énormément vilipendé jusqu’à son seul film en couleur, La Comtesse de Hong-Kong (1967), deuxième vrai ovni de sa filmographie, où il nous joue pas à l’acteur.

Dans les années 70, il retrouve ses lettres de noblesse et est fêté de toutes parts. Il reçoit alors l’attribution d’un oscar pour l’ensemble de sa carrière et revient pour la première fois aux Etats-Unis, depuis son lynchage. C’est sur cette note de reconnaissance qu’il s’éteint dans sa résidence suisse le 25 décembre 1977.

Charlie Chaplin demeure un génie du comique, pouvant passer du rire aux larmes avec une facilité extraordinaire. Ceci fait de lui un artiste à part, un artiste ayant su obtenir un talent planétaire, un vagabond au grand coeur. Il fait preuve tout au long de sa carrière d’une palette de talents extrêmement riches. Tout à tour, acteur, cinéaste, scénariste, producteur, danseur, chanteur, musicien, on le qualifie volontiers d’artiste complet. On comprendra aussi que chacun de ses films est prétexte à un message personnel. Le héros Charlot ne peut aller sans Charlie. D’ailleurs, Jean Cocteau dira de Chaplin, quelque chose de très juste : « Chaplin, c’est le guignol moderne ». On se serait qu’approuver. Prochainement on comptera une adaptation de Chaplin, au cinéma et le grand gagnant est le non moins célèbre, Tim Burton et Johnny Depp. Souhaitons-leur le même succès que Charlie Chaplin, génie du comique !

Marika Céleste 

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|Publié par shotactu |dans la Catégorie: Gros Plans, CINÉ|
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