Faut que ça danse se présente comme une comédie familiale, un peu narquoise… Comédie familiale où les personnages, bien campés en l’occurrence, sont tous plus ou moins excentriques et décalés. Ils ne tiennent pas en place et ont tous un peu un « grain »…
Tout d’abord, il y Salomon, le père (interprété par Jean-Pierre Marielle). Quinquagénaire, il ne fait décidément pas son âge, il aspire seulement à profiter pleinement de ses vieux jours : cours de claquettes, pension jouée au casino jusqu’au dernier centime… Et puis, charmeur invétéré, il cherche désespérément son âme sœur. Sa quête sera comblée par Violette (Sabine Azéma), personnage ludique et spontanée. Avec cette dernière, il souhaite jouir de chaque instant. Non, on ne l’enterrera pas de si tôt ! L’homme refuse de mourir et même de se souvenir !
Ensuite, il y a Sarah (Valéria Bruno Tedeschi), sa fille un peu névrosée et torturée, un peu gauche aussi et finalement attendrissante. Celle-ci, s’ayant toujours cru stérile, n’accepte pas vraiment le fait de devenir prochainement mère, prétextant même une erreur du laboratoire d’analyses… C’est elle qui, tout au long du film, nous raconte en voix off la vie de son père qu’elle admire.
Enfin, Geneviève (Bulle Ogier), la mère, séparée de Salomon depuis vingt-cinq ans. Geneviève qui ne peut s’empêcher de s’amuser à ne plus faire ce qui lui chante. En proie à la maladie d’Alzheimer, les contraintes de la vie deviennent pour elle justement trop contraignantes… Alors elle s’infantilise quelque peu, n’a aucun réel contact avec la réalité et semble à la fois une douce insolente et une vieille obstinée… Heureusement pour elle, il y a Mr Mootoosamy, son garde-malade, qui l’aide et s’occupe d’elle, elle qui a tant la tête ailleurs…
En parlant de tête, nous voilà donc en « tête à tête » avec cette famille, baignant au milieu de tous leurs malentendus et de tous leurs mensonges. Et on est loin des typiques comédies générationnelles, oh oui, on en est loin ! Car des thèmes graves sont abordés : la maladie, la folie, la mémoire, la solitude, la mort ; des questions sur le temps qui passe, la vieillesse, sur la famille et la transmission… Et pourtant, ce film apparaît dans une grande fraicheur : on s’amuse et on rit. Car, Noémie Lvovsky, la réalisatrice, part certes dans tous les sens, mais elle le fait avec une étonnante légèreté. C’est simple, la fantaisie s’incruste dans chaque scène. Le film n’est qu’un assemblage de séquences rocambolesques et désopilantes, parfois complètement absurdes ou surréalistes et parfois incroyablement oniriques. La visite de Salomon chez son voisin médecin par exemple ! Un personnage sacrément fantasque (Daniel Emilfork qui joue ici son dernier rôle) ! Mais chut, ne racontons rien, il faut vous laisser découvrir et savourer… D’autres scènes sont quant à elles plutôt osées ! L’assassinat d’Hitler ( !), raconté par Salomon à sa fille et attention, il s’agit de la vérité vraie… (À noter : le père a un délicat passé d’orphelin et de déporté).
Bref, une tranche de vie, la tranche de vie d’une famille atypique et pourtant attachante, où chacun vit seul comme une période de changement, de révolution tout en restant lié étroitement avec les autres membres. Oh oui, on s’y attache. Et la réalisatrice nous y aide. Peut-être parce que, pour le coup, elle a comme des airs d’un certain Woody Allen et sa coutume de l’humour juif, préférant la dérision au pathos.
On est donc bercé dans cette folie douce, au milieu de tous ces personnages drôles et déroutants (mêmes les seconds rôles sont à la fois étranges et séduisants). On applaudit leurs fines interprétations. On applaudit notamment Jean-Pierre Marielle avec ce rôle à sa démesure et Valéria Bruno Tedeschi qui fait preuve d’une présence si intense…
Un film qui pose finalement des questions existentielles sur notre identité, nos origines et notre destinée. Un film sans très grande prétention mais dont on ressort vivifié !
A propos du film, Florence Seyvos, la scénariste (d’ailleurs la même que pour le précédent film de Noémie Lvovsky) a dit : « Pour moi, le cœur du film est là, dans la peur puis l’acceptation du mouvement de la vie. Et la famille constitue le théâtre vivant de ce mouvement puisqu’il y en a qui vont partir, et d’autres qui apparaissent. »
Sortie le 14 novembre 2007.
Réalisé par Noémie Lvovsky.
Avec : Jean-Pierre Marielle, Valéria Bruno Tedeschi, Sabine Azéma, Bulle Ogier…
Note Shotactu : 7/10
La bande annonce :
Charlène Marchand
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