le 9 novembre 2007

DarlingChristine Carrière a pressenti le changement avec Darling. Huit ans après ses deux films, Rosine (1994), Qui Plume la lune (1998), ce film semblait un projet d’envergure pour son retour à la réalisation. Elle a choisi d’adapter à l’écran, le roman homonyme de Jean Teulé. Cet ouvrage, basé sur la vie de la cousine de l’auteur, évoque des maux très durs à porter, proche du naturalisme zolien.

Darling, c’est le destin douloureux d’une femme, dont on suit l’évolution de l’enfance à l’adolescence, jusqu’à l’âge adulte. Catherine est une petite fille habitant la Haute Normandie, qui est sans cesse maltraitée, rudoyée par ses proches. Pour échapper au quotidien, elle se fait appeler « Darling » et fait l’acquisition d’une CB. C’est ainsi qu’elle rencontre Roméo, chauffeur de son état. C’est là que les ennuis se multiplient à nouveau.
Ce rôle de Darling pour Marina Foïs semble tiré droit d’un Zola, femme fragile, victime empêtrée dans les aléas de la violence ordinaire. Elle semble porter en elle toute la misère du monde, mais conserve malgré tout cet humour qui lui est cher.

De là ressort, une composition scénique pleine de retenue, juste, qui détonne avec ses rôles passés. On est bien loin des personnages de l’équipe des Robins des Bois, de RRRrrrr. Ainsi, Marina Foïs semble aller au plus profond d’elle-même, pour parler de cette femme paysanne. Un jeu tout en nuances pour l’actrice, qui se révèle à la fois naïve, fantasque, drôle. Lors de passages dans l’enfance, où les décors minimalistes, le kitsch des vêtements de Darling font ressortir l’absurdité tragi-comique de la situation, le réalisateur élude tout voyeurisme de la situation dramatique.

La réalisatrice offre une peinture réaliste et abrupte de la vie rurale, dans ses dérives les plus poussées. Les scènes de violences sont toujours suggérées, pour laisser la place à la trame elle-même. Il y a un parti pris sur cette mise en scène elliptique, chère à Christine Carrière. On préfère ici suggérer, plutôt que de montrer le sujet délicat qu’est la femme battue.

Ce film émouvant et sobre demeure toujours dans la démonstration. Le personnage joué par Marina Foïs nous touche particulièrement, dans un registre tragi-comique qu’on ne lui connaissait pas. Ce rôle peut la mettre en course pour les césars. Avé Marina !
On retient de Darling que c’est un film porté par un casting efficace et prestigieux entre Guillaume Canet en brute maltraitant sa femme et Marina Foïs en victime ; Des rôles décalés loin de leur registre habituel. Ainsi, la réalisatrice met en place une certaine distance poétique, que certains pourraient lui reprocher, mais c’est le souci de ne pas montrer l’innommable qui prime dans le destin de cette femme, Darling. De là, le spectateur se laisse prendre de tendresse pour ce portrait de femme, cette héroïne hors du commun. Chapeau bas à Marina Foïs !

Note Shotactu : 8/10

La bande annonce :

Celeste Marika

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|Publié par shotactu |dans la Catégorie: Critiques Films, CINÉ|
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