Dimanche soir, c’est l’Afrique du Sud qui remportait la deuxième Coupe du Monde de rugby de son histoire. Retour sur un mois et demi de compétition, ses tops, ses flops, ses surprises et ses confirmations.
Les Springboks de l’enfer au paradis
L’Afrique du Sud championne du Monde, il n’y a rien à dire. C’est incontestablement l’équipe qui s’est montrée la plus complète durant la compétition. Plus solide défensivement que la Nouvelle-Zélande ou l’Australie ; plus percutante offensivement que l’Angleterre, la France ou l’Argentine. Revoilà donc les Bocks au sommet de la hiérarchie mondiale. Qui aurait misé sur un tel retour au sommet quand, en novembre 2002, les Sud-Af ‘ perdaient leurs trois matches de leur tournée européenne, encaissant au passage un sévère 53-3 à Twickenham face au XV de la Rose ? Qui voyait la nation arc-en-ciel faire mieux que les Blacks et les Wallabies après leurs cinq dernières places consécutives aux Tri Nations entre 1999 et 2003 ? Pas grand monde, certainement. Pourtant, peu à peu la bande à Jack White, sélectionneur émérite de cette glorieuse équipe, reprenait des couleurs. Mr White avait d’ailleurs prévenu tout le monde : son équipe était venue en France pour gagner ce titre. On le prenait pour un fou prétentieux, il était réaliste et confiant envers son équipe.
Un brillant “melting pot” générationnel
Pour ce retour au sommet, l’Afrique du Sud a su faire un savant mélange entre ses joueurs expérimentés et ses jeunes talents, vice-champions du Monde des moins de 21 ans en 2006. L’amalgame entre les “ancêtres” comme Os Du Randt, déjà champion du Monde il y a douze longues années, et les gamins comme Bryan Habana et Francois Steyn est parfait. À l’heure du bilan de ce Mondial, on trouve dans le XV africain le meilleur buteur, en la personne de Percy Montgomery, le meilleur demi de mêlée avec Fory Du Preez, le meilleur marqueur d’essai, élu aussi meilleur joueur du tournoi Bryan Habana. Et que dire de Messieurs Steyn… je m’arrête là car je vais citer tous les joueurs de cette sélection.
La Rose se redresse
Le constat fait sur le retour en grâce de l’Afrique du Sud est aussi valable pour l’Angleterre. Il est même presque plus spectaculaire car plus rapide. Il y a un an, peu de monde aurait misé sur une place en finale de l’équipe alors championne du Monde en titre. De tristes résultats, un jeu pitoyable… et le XV de la Rose glissait à la septième place du classement IRB, bien loin de la Nouvelle-Zélande. On peut même aller jusqu’au 14 septembre dernier, quand, lors du premier tour de la compétition, les Anglais étaient humiliés par le futur champion du Monde 36-0 !
Et puis, Jonny Wilkinson est revenu, les avants se sont remobilisés et après avoir évité les pièges Samoans et Tongiens, les Anglais se sont payés le luxe de sortir deux favoris : l’Australie puis la France chez elle. Il faut bien l’avouer, l’Angleterre ne nous a pas fait rêver. Comptant plus sur le poids de ses avants que sur l’imagination de ses arrières - excepté Wilkinson - pour faire la différence, nos voisins d’outre-Manche ne nous ont pas offert un spectacle flamboyant mais se sont avérés diaboliquement efficaces dans les moments critiques. En passant, Jonny Wilkinson s’est emparé du record de points inscrits en Coupe du Monde, détenus jusqu’alors par le Gallois Gavin Hastings.
À qui joue perd
Autre point à remarquer dans cette Coupe du Monde, l’élimination prématurée des équipes “joueuses”. Et pourtant, on peut féliciter les petites nations du Pacifique que sont Samoa, Tonga et Fidji dont le jeu en mouvement a donné une bouffée d’oxygène à un sport en passe d’être étouffé par des systèmes de jeu frileux. En quarts, ce sont les Australiens et les Néo-Zélandais, eux aussi plus portés vers l’offensive que la moyenne, qui sont sortis par la petite porte.
Si les footballeurs italiens ont inventé le catenaccio, les rugbymen argentins sont en passe de l’adapter au rugby. Une défense ultra-solide, de la roublardise pour “gratter” un maximum de ballons sur les rucks, souvent à la limite de la faute et un jeu de récupération très efficace. La France s’est faite prendre à ce piège à deux reprises durant la compétition. Il aura fallu l’intelligence tactique des Sud-Africains pour empêcher la sélection latino d’aller au bout de son rêve. Dans cette demi-finale, l’Afrique du Sud a décidé de laisser la maîtrise du jeu aux Argentins. Montrant rapidement leurs limites dans ce secteur de jeu, les Pumas se sont fait prendre à leur propre piège. Ce sont eux qui ont perdu des ballons que d’habitude ils faisaient perdre à leurs adversaires. Derrière, le talent faisait le reste et l’Afrique du Sud passait. Bravo quand même pour ce beau parcours argentin… mais s’il vous plaît, ne tuez pas le jeu !
Les regrets français
Si on retient l’exploit réalisé face aux All Blacks, il ne faut pas quand même pas le nier, cette quatrième place de l’équipe de France est une déception. D’abord, parce que l’objectif avant le coup d’envoi de la compétition était clair : être champion du Monde. Ensuite, parce que la France est le premier membre du Top 5 mondial (avec l’Afrique du Sud, l’Angleterre, l’Australie et la Nouvelle-Zélande) à ne pas avoir atteint la finale de “son” Mondial. Enfin, parce qu’elle a perdu trois matches qui étaient certainement à sa portée. L’Angleterre et l’Argentine ne sont pas forcément plus fortes que la France, mais à chaque fois, les Bleus se sont englués dans des défenses solides et n’ont pas su faire la décision dans les moments clés.
Autre équipe qui va rentrer chez elle avec des regrets, la Nouvelle-Zélande. Considérée comme la grande favorite de la compétition, les Blacks se sont cassés les dents sur le pays organisateur. Ayant eu la “malchance” de tomber dans un groupe trop facile au premier tour, les Océaniens ne sont jamais vraiment entrés dans ce Mondial. S’ils étaient tombés sur un os au premier tour, les Blacks auraient peut-être pu se remettre en question et aller plus loin. Mais comme le premier vrai obstacle est arrivé lors d’un match couperet, ils se sont faits surprendre et ont du quitter la compétition dès les quarts de finale. Une première pour cette nation qui avait jusqu’alors toujours atteint le dernier carré.
Le cas australien est un peu similaire. Même s’ils se sont fait un peu bouger face aux Fidjiens, les Wallabies ont aisément terminé en tête de leur poule. Mais en quart de finale, la faiblesse du pack océanien était criante face aux monstres anglais. C’est dans ce secteur de jeu que les Australiens ont perdu le match.
Quelques chiffres
8 : c’est le nombre d’essais réussis par Bryan Habana, le meilleur réalisateur du tournoi. Il égale en même temps le record de Jonah Lomu, auteur lui aussi de 8 essais en un Mondial en 1999.
176 : comme le nombre de contrôles anti-dopages effectués avant les demi-finales. Tous négatifs, magnifique !
2,25 millions : c’est le nombre de spectateurs présents dans les stades durant ce Mondial. Et le tout sans le moindre incident. Un vrai succès populaire !
18,3 millions : comme le nombre de téléspectateurs devant la rencontre France - Nouvelle-Zélande (sans compter les personnes regroupées devant des écrans géants ou dans les bars). C’est TF1 qui s’est frotté les mains !
48 millions : TF1 parlons-en. 48 millions c’est le montant des recettes publicitaires enregistrées durant cette Coupe du Monde. Si vous avez suivi en intégralité les 20 matches diffusés par la chaîne et que vous n’êtes pas allé aux toilettes pendant les mi-temps (n’ayez pas honte, tout le monde le fait. C’est fait pour ça une mi-temps, non !), vous avez subi les assauts de 917 spots commerciaux !
135 millions : c’est le bénéfice réalisé par l’IRB par le biais de cette Coupe du Monde (c’est pas mal, non ! Je sens que je vais me mettre organisateur de Coupe du Monde de rugby, moi !). Cet argent servira au développement du rugby dans les trois prochaines années. Après, qu’entendent-ils par “développement du rugby”, je ne sais pas.
Bref, ce Mondial 2007 restera dans les mémoires. En 2011, rendez-vous en Nouvelle-Zélande. Entre temps, en 2010, il y aura le Mondial de football organisé… tiens donc, en Afrique du Sud ! À suivre.
Florent Sachot
[…] drame le plus intense pour le pays est, tout le monde s’en rappelle, la Coupe du Monde de rugby. Pas de défilés sur les Champs-Elysées comme il y a 9 ans, l’Argentine par deux fois et […]