Le jour où la Terre s'arrêta ... de faire de bons films
Contrairement à Gérard Darmon qui, incarnant Amonbofis, affirmait qu’il « fourmillait d’idées », la production hollywoodienne, malgré des auteurs talentueux tels que J.J Abrams, peine à trouver de quoi faire peau neuve. A quoi bon chercher, après tout, quand on peut réadapter à un public plus jeune une œuvre passée qui a connu la gloire, en rajoutant des acteurs connus, et des effets spéciaux de qualité ?
Sortie : Le 10 Décembre 2008
Réalisé par : Scott Derrickson
Avec : Keanu Reeves, Jennifer Connelly, Kathy Bates
Genre : SoporiFique
Distribué par Twentieth Century fox France
En 1928, accablé par une tempête de neige alors qu’il se promène au sommet d’une montagne de l’Inde, un jeune barbu encapuchonné dans un manteau de fourrure (le sosie de Keanu Reeves) fait une étrange découverte ; une sphère phosphorescente qui au toucher laisse un étrange souvenir sur le dos de sa main. « On regarde, mais on ne tripote pas. » Là, si.
Bref, de nos jours, Helen Benson (Jennifer Connelly), scientifique, et belle-mère d’un petit Jacob (Jaden Smith), est invitée de force à se rendre dans un endroit mystérieux par des individus en costume qui ont l’air super sérieux, qui n’ont pas l’air de plaisanter, des gens dont la profession ne permet pas ce genre de plaisanteries. Bref, des fonctionnaires. Réunion de crise entre scientifiques convoqués un peu partout sur le territoire américain, car un danger menace. Un objet s’apprête à entrer en collision avec la Terre, au niveau de Manhattan. Bref, tout le monde s’y précipite, mais contre toute attente, l’objet, une sphère, s’arrête et se pose. En sort un extra-terrestre, Klaatu, qui, après s’être fait proprement liquider et réanimer par son robot chien de garde géant digne de Goldorak, prend forme humaine (Keanu Reeves), et s’annonce porteur d’un message. Il est là pour sauver la Terre. Oui, oui, la Terre. Pas les humains. Surtout pas les humains (hou là là, non). Hostiles, d’ailleurs, ce qui contraint Helen à aider Klaatu à s’enfuir. L’extra-terrestre, en fuite, va donc pouvoir observer de lui-même la race humaine, tandis qu’Helen fait tout pour défendre sa cause. La survie de l’humanité en dépend …
L’adage est bien connu, c’est dans les vieilles marmites que l’on fait les meilleures soupes. Ou comment avouer que lorsqu’on n’a pas d’idées, on en recycle une ancienne et on l’adapte aux exigences du moment. Ainsi donc les remakes des anciens cartons SF des années 50 tendent depuis peu à refaire surface. La guerre des mondes, ou le petit (mais gentil) Tom Cruise se retrouvait dans une cave aux prises avec des extra-terrestres visqueux et des tripodes qui font des bruits de dégazage assez explicites (bonjour l’odeur), Invasion (plus simple à retenir que L’invasion des profanateurs de sépulture. D’ailleurs y avait même pas de sépulture, en fait. Ou alors ça a été coupé au montage), où l’on retrouvait Nicole Kidman et Daniel Craig pour un avant goût d’A la croisée des mondes (qui s’est planté aussi, tiens.), et bien d’autres.
Il y avait fort à parier que le monument de la SF de Robert Wise aurait lui aussi droit, à l’instar d’Armande Altaï, à son petit lifting. Remaniement du scénario pour qu’il soit plus enclin aux préoccupations actuelles, et nous voilà avec des extra-terrestres, non plus porteurs d’un avertissement relatif à l’utilisation de la bombe nucléaire (qu’on a super bien écouté, au passage), mais d’un message menaçant relatif à l’écologie. Hé oui hé oui, les humains, c’est pas bien, ça jette des sachets plastiques pour étouffer des tortues, ou des gobelets de Mac Flurry pour piéger les hérissons. Pire, ça fait pipi dans la mer !
Pour que la Terre survive, l’humanité doit périr. A grand renfort de destruction massive appuyée par des effets spéciaux saisissants. Ouais, bah en fait, non, pas trop, à part la désintégration d’un camion, d’un stade, et de quelques immeubles figurants, la « prétendue fin du monde » qui s’annonçait si prometteuse dans la bande-annonce fait pâle figure à côté d’une explosion dans un épisode de Derrick (au passage, disparue, la Tour Eiffel. Du montage, hein).
Côté scénario, pas besoin de réfléchir trop longtemps pour deviner l’aboutissement du film, qui semble d’ailleurs un peu bâclé, comme si finalement les producteurs n’avaient plus eu assez de sous pour tourner la fin (sûrement pas à cause des scènes de destruction qui doivent coûter un max, vu que … y en a pas des masses). Au niveau des acteurs, heureusement, chacun assume pleinement son rôle, rôle dans lequel Keanu Reeves, dont le répertoire semble parfois limité à n’afficher aucune émotion, parvient du coup à montrer la pleine mesure de ses talents (d’inexpressif).
Au final, un film pas si essentiel que ça, porteur d’un message dont on se doute, et d’une fin qu’on devine encore plus facilement, le tout servi par quelques scènes certes très appréciables visuellement, mais trop peu présentes pour faire passer la pilule. Un jour noir de plus à marquer d’une pierre blanche, pour un film vert qui laisse les gens bleus (Oui, parce qu’il fait super froid ces temps-ci, non ?).
POINTS POSITIFS :
Les effets spéciaux (quand il y en a)
Les acteurs
Les sièges confortables de la salle
POINTS NEGATIFS :
Le scénario prévisible
La Terre s’arrête dans le film ?
Fin rapidement expédiée (en fait, c’est plutôt positif, quelque part)